Ces Auvergnats oubliés qui firent la France et préparèrent l’Europe.

I

LIEUTENANT COLONEL d’ARTILLERIE

(CHEVALIER) CLAUDE (de) MABRU

Cher, Cher, très Cher MABRU,

Comment n’être pas familière avec un homme qui occupe mes pensées depuis des années bien qu’il ait disparu il y a sans doute 150 ans ?

Cet auvergnat amoureux de Romagnat qui a participé à toutes les campagnes de l’Empire triomphant, qui a fait avec NEY la retraite de Russie, qui a été prisonnier des cosaques, déporté en Sibérie, qui est revenu miraculeusement en France alors qu’il était donné pour mort, qui a refusé de voter pour l’Empereur lors des 100 jours mais qui a héroïquement défendu Sedan, et qui, en récompense, a été licencié ignominieusement par la Restauration.

Rendu à la vie civile, il a épousé une très jeune femme, Clémentine, séduite par ses aventures mais qui, bien vite, va regretter d’être liée à un homme méticuleux, tatillon…, incapable de danser et qui vient de lui faire une fille, qu’elle lui abandonne au bout de peu d’années.

Cher MABRU, il va, sans une plainte, s’investir dans sa maison, dans l’éducation de Léontine, dans le rendement de ses vignes, dans la gestion des foires de Clermont-Ferrand et surtout dans la direction des Eaux et Forêts, ce qui le conduira à Randan où il se mettra au service de Mme ADELAIDE.

Bien vite elle appréciera son sérieux et lui accordera sa confiance au point de le présenter à son frère LOUIS-PHILIPPE qui, lors des journées de Juillet 1830, fera quérir ce serviteur sur lequel il peut compter, pour prêter main forte au pouvoir qu’il installe.

Une nouvelle carrière commence. A son corps défendant, Léontine ira chez les Demoiselles de la Légion d’Honneur, le Capitaine MABRU participera au siège d’Anvers et sera chargé du rapatriement du matériel de Siège avant d’être stationné à Valenciennes.

Son histoire est étroitement liée à celle des MONESTIER et des LEBEL, qui, comme les MABRU, ont été les acteurs de la Révolution à Clermont-Ferrand et en Alsace. Grâce au destin extraordinaire de cet homme, l’Auvergne sera présente là où l’on ne l’attend guère : aux débuts de l’école Polytechnique, au Camp de Boulogne, en Autriche, en Espagne, à Pechelbronn, à l’Hôtel-Dieu pendant l’épidémie de choléra, sur les canaux du Nord, à la Sauvetat… La grande Histoire vue au travers des déceptions amoureuses de MABRU, car il faut bien le reconnaître, je suis sans doute la femme qui l’a aimé le plus, le plus longtemps et d’une manière totalement désintéressée !

Sommaire

Préface de Jean DURAND

Comment MABRU a envahi notre vie…

Première Partie
Enthousiasme, Ambition, Persévérance, Courage

I - MABRU et les siens : sa jeunesse (1778-1798)
II - De Polytechnique à l’Armée d’Italie (1798-1802)
III - De Romagnat aux Côtes de l’Atlantique (1802-1805)
IV - La Grande Armée en Autriche, Prusse, Pologne (1805-1807)
V - Un tournant ? la guerre d’Espagne (1808-1812)
VI - La campagne de Russie et la captivité (1812-1814)

Deuxième Partie
Les recommencements : ne jamais céder au découragement

I - Une nouvelle vie sous la Restauration (1814-1821)
II - La vie de famille (1818-1821)
III - Seule avec Léontine (1821-1825
IV - A Romagnat, pendant dix ans, MABRU se ressource (1820-1830)
V - Au service de Mme Adélaïde (1825-1830)

Troisième Partie
La solitude loin de l’Auvergne, fruit de son obstination (ou de son amour impossible ?)

I - La Monarchie de Juillet bouleverse tout (1830)
II - Une ténacité toute auvergnate (1831)
III - Léontine, demoiselle de la Légion d’Honneur (1832-1838)
IV - MABRU reprend des galons (1832-1838)
V - Que sont-ils devenus ?

Annexes

1.Les MABRU, de fortes personnalités
2.Blason des MABRU
3.Relevé des Campagnes de Claude MABRU
4.Soldes dans l’artillerie à pied, à cheval, dans le train d’artillerie
5.Au bon vouloir de l’Empereur…
6.Modalité d’obtention des gratifications… en 1814
7.Première lettre de Claude à son beau-frère et ami Benoît MONESTIER à La Sagne (4 juin 1819).
8.LOUIS XVIII, ayant assis son pouvoir, compte ses partisans…
9.Appréciation par ses supérieurs du Chef de Bataillon, Claude MABRU pour les années 1817-1820
10.Sous CHARLES X, l’armée n’a plus la cote…
11.Lettre de Claude MABRU au Roi des Français, le 28 avril 1831.
12.Règles de la bienséance et de la politesse que Léontine doit suivre à la lettre.

Bibliographie

EXTRAITS

(1)

UNE NOUVELLE VIE SOUS LA RESTAURATION
(1814 – 1821)


Si tu veux tracer ton sillon droit, accroche ta charrue à une étoile
Rudyard KIPLING


Libéré sur ordre du Tsar, MABRU, par tous les moyens possibles, se rapproche de la France : charrette tirée par de vieilles haridelles, relais désorganisés, routes défoncées ; il atteint l’Alsace le 8 août 1814 ; son frère, son oncle LEBEL et toute la famille l’entourent, lui fournissent argent, monture, vêtements. La nouvelle fait vite le tour de son ancien Régiment mais sans attendre d’y être traité en héros, il se dirige sur la capitale, pour mettre sa situation au clair à l’Etat-Major, d’autant que l’armée, nous l’avons vu, est en plein remaniement1. Il est bien connu que NEY soutenait ceux qui s’étaient distingués, ne craignant pas de revenir à la charge pour leur obtenir une récompense méritée. Il y mettait l’intrépidité qu’il déployait sur le champ de bataille aussi Claude était-il confiant en l’avenir.

A son arrivée à Paris, il y a trouvé son acte authentique de décès constatant sa mort à Dantzig à la fin de 1812 : erreur fatale qui l’a privé de l’immense avancement projeté et demandé en sa faveur par le Maréchal NEY et donné à tous ses inférieurs pendant le temps de sa disparition.

A la fin de 1814, de retour de sa captivité de Russie, la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur, à qui il se présente en qualité d’Officier de l’ordre, lui déclara que le Décret de sa nomination ne lui était point parvenu ; et, par ce motif, elle a persisté jusqu’à présent à ne pas reconnaître le grade d’Officier du Chevalier MABRU.

Le Ministre de la Guerre, au contraire, a toujours déclaré avoir reçu dans le temps l’avis de cette nomination qui lui a été expédiée du quartier général de la Grande Armée ; et il n’a pas cessé de reconnaître le grade d’Officier de la Légion d’honneur au Chevalier MABRU qu’il a porté comme tel sur tous ses état, annuaires, etc.

Pour comble de fatalité, lorsqu’il s’est présenté à la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur en qualité d’Officier de cet ordre nommé par l’Empereur en personne en Novembre 1812, le grade et ses attributions lui ont été contestés, comme ils le lui sont encore (vingt ans plus tard en 1832 !), malgré la masse de preuves convaincantes qu’il en a produites ; et cela, sous le prétexte qu’il n’était pas porteur de sa lettre de nomination dont il avait été brutalement dépouillé en tombant prisonnier de guerre entre les mains des cosaques.

Par opposition à cette nouvelle tribulation si imprévue, M. le Ministre de la Guerre a reconnu sans la moindre hésitation sa nomination d’Officier de la Légion d’Honneur.

Oui mais voilà, les ennuis continuent... Il obtient assez facilement un congé de quelques semaines à Romagnat pour se refaire une santé et la promesse de sa réintégration. Mais finalement c’est sa mise en non activité qui est prononcée le 1er octobre 1814.

En Auvergne, la nouvelle de son arrivée l’a précédé, aussi fait-il l’objet de toutes les conversations ; il est reçu, félicité, doit raconter son odyssée, fait rêver une petite fille… Quelques mois pour s’occuper de ses affaires ne sont pas de trop après cette longue absence
où il a été donné pour mort, où tout s’est organisé sans lui. Pas facile de ressusciter et de remettre tout en ordre ! de plus il a grand besoin d’argent. Il est ulcéré de son éviction. Il remue ciel et terre, fait agir toutes ses relations pour récupérer son grade, sa solde dans l’armée, et sa Légion d’Honneur. Rien n’y fait. Encore heureux qu’on voulut bien ne pas le considérer comme mort !

A l’Ile d’Elbe, la vie de la petite troupe fidèle à NAPOLEON s’est organisée et, au moment où tout semblait perdu, enfin, l’occasion se présente. L’Aigle est de retour.....

(à suivre)



(2)

UNE TENACITE TOUTE AUVERGNATE (1831)

O patience auvergnate à l’épreuve de tout, du chaud, du froid, de l’été, de l’hiver, et des flammes du purgatoire. Fortunes patientes, patiente agriculture et patients marchandages. Car la force est dans l’endurance. Les Auvergnats du purgatoire doivent former une section tenace, particulièrement endurcie.
Alexandre VIALATTE (La Basse Auvergne)


1831… Claude est séparé de Léontine depuis plusieurs mois ; à la Sauvetat, Benoît a décidé de donner sa démission de Maire : peu de jours après avoir reçu ta lettre, j’ai appris que tu avais été malade d’une manière inquiétante. Enfin tu as pris le bon parti, quoique je conçoive qu’il t’ait répugné. Mais nous ne pouvons nous dissimuler qu’à nos âges, nous atteignons la grande liste des infirmités. Il faut donc se décider à les combattre franchement. Autrement nous nous préparons des regrets qu’il vaut mieux remplacer par une bonne santé pour nous et les nôtres.

Comment peut-il être aussi clairvoyant pour son ami, et si peu pour lui-même ! ! Cette pension de 2400 F est pour lui l’objectif qu’il s’est fixé : il l’a méritée, il la veut, il l’aura. Le voilà dans un engrenage dont il ne sortira pas de sitôt…

Ce n’est pas sans une pointe d’envie, qu’il ajoute : Léontine a dû te servir de garde-malade sous la direction de sa tante mais, bon, pour le moment il ne peut que continuer :2 janvier . Le Général d’ANTHOUARD et moi, nous nous sommes consultés. Pour éviter des longueurs de plusieurs mois peut-être, nous nous sommes arrêtés au parti de me remettre dans une espèce d’activité momentanée pendant un an qui est à peu près le temps qu’on me dispute pour ma pension de 2400 F. Pendant cette année que je passerai en disponibilité dans mes foyers, chose convenue, je recevrai un traitement de 3000 F. Le Général d’ANTHOUARD a usé de ce droit qu’il avait et m’a chargé d’en porter à l’instant même l’ordre verbal au Ministère de la Guerre. Ce que j’ai fait de suite.

Le 12. Le bureau de l’Artillerie a tourné et retourné cette affaire. Il a reconnu, mais un peu tard, qu’un ordre verbal du Général d’ANTHOUARD ne suffisait pas ; que, puisque je changeais de position, il fallait un nouveau rapport et une nouvelle proposition du comité.

Le 14. Je vis le Général d’ANTHOUARD avec qui je suis convenu que ce nouveau travail serait fait sans perte de temps.

Le 15. Le bureau de l’Artillerie a fait son rapport par lequel le Ministre me renvoie devant le Comité pour qu’il fasse une nouvelle proposition.

à suivre...

Voici la photo de notre Chevalier en 1800, grâce à Melle de la HITTE en Bretagne...

L'histoire de ce portrait est, elle aussi exceptionnelle... si elle vous intéresse, rendez vous dans :

Les MONESTIER et la Révolution en Auvergne.

Auguste MABRU, les LE BEL et le pétrole de Péchelbronn en Alsace.




Prix de l’Académie,
Grand Concours Littéraire International de l'an 2002.
Académie Poétique et Littéraire de Provence, 13720 - LA BOUILLARDISE.

Prix spécial
Société des Poètes et Artistes de France
02400 - Château-Thierry, Congrès 2002

Trophée du Patrimoine - Prix de la Biographie
7e Concours Littéraire International, Année 2002
Centre Européen pour la Promotion des Arts et des Lettres.
CEPAL - 57100 - THIONVILLE

Médaille de vermeil avec mention, section Lettres
Grand Concours International, 2002
Académie Internationale de Lutèce 75001 - Paris.

Médaille d’or
Academia Europea de las Artes 28010 MADRID (Espagne)

Premier prix Ouvrage historique avec Médaille d’or de la Ville de Pau.
Arts et Lettres de France, Limoges, 5/2003.

Tome 1 - Tome 2 - Tome 3 - Tome 4

Accueil