Ces Auvergnats oubliés qui firent la France et préparèrent l’Europe.


Tome II

Antoine (Auguste) MABRU,
les LE BEL et l’exploitation du pétrole en Alsace


352 pages –90 illustrations – 2004 – 25 euros


Chaque découverte en entraîne d’autres et la participation de chercheurs comme Jean-Claude STREICHER, spécialiste des LE BEL, René SCHELLMANS du Cercle Généalogique de l’Alsace du Nord, André MABRU-COLSON, descendant direct d’Auguste MABRU, Daniel DEGEORGES, passionné d’Héraldique, Melle Rita de LA HITTE, avocate en Bretagne, qui m’a fourni les photos des portraits des personnages, M. de VALENCE qui a retrouvé, à Boulogne-sur-Mer, un écrit de Claude MABRU et naturellement Daniel RODIER du Musée du Pétrole de Merkwiller-Pechelbronn, sont une source extraordinaire de bonheurs.

Antoine appelé depuis l’enfance Auguste devra partir s’installer en Alsace pour pouvoir rivaliser avec son aîné. Ses résultats sont moins brillants mais en assistant son grand père MABRU, il va beaucoup apprendre. Grâce à sa passion pour la minéralogie, lorsqu’en 1812 il prendra la direction des mines du Pechelbronn, il réussira à débrouiller la gestion empirique de son oncle GEYNET et à s’adapter très vite aux difficultés de l’exploitation.

Un contrat avantageux dûment signé par Achille LE BEL, son autre oncle, propriétaire des mines, semble lui assurer une sécurité matérielle à vie aussi se marie-t-il avec Rosette KRAUS. Ils auront un garçon et une fille. Devenu complètement alsacien, il se débarrassera progressivement de tous ses biens en Auvergne.

Malheureusement Achille a aussi un fils qui après de brillantes études est destiné à prendre sa succession ce qui écarte Auguste de la direction de l’exploitation à plus ou moins long terme. Il crée un atelier d’encre d’imprimerie et, surtout, lorsque la rupture avec les LE BEL est consommée, il réalise un forage pour son propre compte. Malheureusement encore ses associés n’investiront pas dans les moyens nécessaires à l’extraction du pétrole. Il devra céder cette affaire et se retirera à Haguenau où il décèdera en 1853.

Son fils quittera l’Alsace en 1870 pour rester français et s’installera en région parisienne.

Prix spécial, SPAF, Société des Poètes et Artistes de France
Chasseneuil-du-Poitou, 9/2004
Prix de la Monographie, médaille de bronze du mérite littéraire et artistique
CEPAL F 57920 Kédange-sur-Canner 6/2005

EXTRAIT

Antoine (Auguste) MABRU, Les LE BEL et l’exploitation du pétrole en Alsace

Fier et secret.
Auvergnat comme ses aïeux, il passe d’une placidité tenace à un acharnement violent aussi bien dans l’amusement que dans le travail. Il veut réussir par lui-même et est trop fier pour solliciter des appuis malgré les recommandations : Je ne puis que louer la délicatesse que tu as de ne pas importuner les personnes qui pourroient t’être utiles et qui te veulent quelque bien, cependant sans blesser cette même délicatesse, tu pourrois les cultiver… (lettre de Claude Alexis)

L’insistance même de son père est stressante. Comment, pour un timide aussi peu sûr de lui apparemment, résister à une pression aussi constante ? Cette sollicitude permanente l’oppresse et c’est un nouvel échec… Alors que son frère est reçu en vainqueur à Mantoue chez le Comte ARRIVABENE, lui, Auguste, est contraint de rentrer à Clermont-Ferrand la tête basse et de reprendre, auprès de son grand père et son père, le rôle de « bon à tout faire ». Ce qui n’est pas exactement le terme qui convient, mais cela signifie que l’un et l’autre le chargent de tâches multiples sous leur direction en le privant de toute initiative d’importance.

Evidemment si le mariage qu’il souhaite et qui reçoit – semble-t-il -, l’accord des deux familles, pouvait être arrangé, il n’y aurait plus de problème. Il serait indépendant. Hélas, là encore, c’est l’échec. Comment oublier cette déception ? Sinon rêver de départ… d’un ailleurs où il commencerait une nouvelle vie, bien à lui…

Heureusement, il y a la minéralogie. Auguste est passionné pour tout ce qui concerne la géologie, les minéraux si bien que nous nous demandons pourquoi il a choisi la marine plutôt que les mines. Pour cette liberté à laquelle il aspire ? Peut-être... Comment cette passion a-t-elle pu lui venir ? Tout simplement, grâce à son beau-frère Benoît MONESTIER, mari de sa sœur Adèle, lui même collectionneur averti.

Amours, délices et déceptions

N’ayant ni la carrure, ni la prestance, ni la santé, ni l’uniforme de son aîné, il échouera également auprès des femmes bien qu’il ait, lui aussi, un certain succès ! Pour te donner bonne bouche, je termine par t’envoyer la réponse de Jos… à la lettre que ton frère lui a remise pour toi. Elle me l’a mystérieusement remise en me disant que cette lettre lui avoit donné beaucoup de peine, ayant été obligée de l’écrire au clair de la lune et n’étant pas assez libre pour l’écrire pendant le jour. Vous voyez, Monsieur le coquin, que vous êtes un heureux mortel, tant à Clermont qu’à Paris, car JARRIGE m’en a débité des tiennes. Au fait, ta lettre m’a été remise décachetée et je te la renvoie de même. Je l’accompagne de deux embrassades que j’ai prises pour ton compte, dont l’une est sur parole.
Voilà bien la preuve que les études et la musique n’étaient pas les seules occupations des deux frères à Paris !

Le 4.3.1801 : Comment va ton grand père ? Que faites-vous ? Que dites vous ensemble ? Sans doute il est toujours le même, que Dieu le maintienne. As-t-il eu l’entrevue dont il me parla le jour de mon départ au sujet de tes amours ? Où en es-tu de cet article ? Penses-tu que la mèche prenne feu ? Je le désire bien, mon cher même, si comme je n’en doute pas, c’est pour ton bonheur. Je serais, ainsi que ta Maman, bien satisfait de voir ton sort une fois fixé et surtout d’une manière aussi avantageuse pour toi qu’agréable pour nous tous puisque nous serions très près voisins et que tu t’allierois à une famille qui a toujours joui de l’estime publique…

(à suivre)
Vous l’avez compris, ce mariage ne se fera pas…