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Bertha, Suissesse, discrète autant qu’irremplaçable
ISBN : 2-9524265-0-3 2007 - 186 p - 14 euros
Les roses blanches sont fragiles et Bertha, qui semble l’être, est pourtant d’une incroyable résistance. Elle va se fondre dans la personnalité de son mari, incarner la femme suisse parfaite, s’adapter à toutes les situations…
Elle soignera, élèvera quatre enfants tout en se passionnant pour le Théâtre, deviendra patronne de Casino non au sens où vous l’entendez mais d’un établissement de grande tenue, tiendra l’horlogerie de Charles Henri, le remplacera lorsqu’il participe à la vie de Vevey. Elle arrondira tous les angles et Dieu sait si avec un mari comme le sien, il y aura des angles à arrondir ! -. Eperdument amoureuse de cet homme entreprenant, volontaire, dominateur, compétent, mais tellement plein de charme, elle ne pourra vivre sans lui et le suivra dans la mort.
Un hommage à une femme qui n’a rien d’exceptionnel mais qui nous fait découvrir un pays qui l’est : la Suisse.
EXTRAIT
Bertha, Suissesse, discrète autant qu’irremplaçable.
Son établi est installé près d’une double fenêtre, l’endroit le mieux éclairé, le mieux chauffé, le plus chaleureux aussi avec ses tics tacs discrets . La vie de la maison toute entière est ponctuée par la grosse pendule quatre cloches qui égrène allègrement ses quarts d’heure. Dès que le jour baisse, Bertha allume la bougie sous l’abat-jour de porcelaine. Elle se rapproche et aime par-dessus tout cette intimité laborieuse. Le temps semble s’accrocher aux mains de son homme, elle s’engourdit- de bonheur tranquille et repose sur ses genoux sa broderie en repoussant un peu du pied son panier à ouvrage. Elle admire la nuque puissante, ses gestes délicats, son menton volontaire, elle est heureuse. Au mur, luit vaguement un tableau représentant le serment des trois Suisses. Un parfum subtil, indéfinissable, d’huile, de savon, de verveine, flotte dans la pièce. Le cliquetis léger des outils maniés avec précision, le grincement de la lime semblent lier conversation avec les pendules… Bertha savoure ces instants de communion parfaite.
(…)
Ce qu’avait inconsciemment pressenti Emile, il y a quelques années : la nécessité de rationaliser la fabrication, de monter en série, en un même lieu, des pièces standards, comme le font les Américains pour l’automobile, s’avère maintenant inéluctable. D’ailleurs ceux-ci, forts de l’expérience en organisation du travail acquise dans d’autres domaines, l’ont mise très vite en pratique dans l’horlogerie et le résultat ne s’est pas fait attendre : des montres de qualité à des prix défiant toute concurrence ont envahi le marché. Tramelan et ses petites entreprises familiales en souffrent.
Que faire ? Attendre que tous les horlogers soient sans travail ? Non, il faut être un des premiers à partir à la ville avant que toutes les opportunités ne soient saisies par plus rapides que lui. Charles Henri profite de toutes les rencontres pour s’informer auprès des randonneurs qui partent en montagne, auprès de ses contemporains, auprès de ses collègues du centre de tir, auprès des voyageurs de commerce… Finalement, il apprend par le Messager boiteux qu’il est question d’une Fête des Vignerons. Même si c’est encore officieux, il n’est pas douteux qu’il va y avoir du travail pour sa préparation, sans doute des opportunités à saisir…
Mais qu’est-ce que cette Fête qui donne des ailes et fait rêver Charles Henri tellement pratique ? Cela avait commencé par la musique des Bravades en 1730, augmentées de six chanteurs en 1756 et neuf en 1765. Elle prend donc beaucoup d’importance au XVIIIe siècle et devient Parade : célèbre partition musicale de Grast en 1851 et 1865, de Hugo de Senger en 1889… Après la visite des vignes, il s’agit de récompenser les vignerons les plus méritants. Une longue tradition car la culture de la vigne remonte, semble-t-il, aux Romains. Le Chapitre de Vevey possédait déjà trente et une vignes en l’an 1000 qu’il loue. Aujourd’hui, elles se trouvent autour de la ville, près de l’église Saint-Martin et tous les hautes de Vevey jusqu’à Blonay et Chardonne.
La Fête des Vignerons est organisée, sur la place du marché à Vevey, par la Confrérie des Vignerons qui a sa devise, Ora et Labora Prie et Travaille. Elle a pour décor le panorama du lac et les montagnes et a lieu quatre à cinq fois par siècle. Accompagnée d’une journée de réjouissances, elle célèbre, en plein air, les joies et les peines du travail de la vigne et les bienfaits de la Paix. Peu à peu, cette fête est devenu « un hymne grandiose » - unique en son genre -, de reconnaissance à la Gloire du Créateur. Les douze cents acteurs et chanteurs sont des gens du pays : vignerons, laboureurs, artisans, commerçants, employés comme ils l’ont été lors des précédentes fêtes….
(à suivre)
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